Neuchâtel

 

¹⁶ About the University town. 

Dans les bois, les faunes attendent. Leurs dagues poussent déjà. 

Je voulais écrire à  l’espace où cette page veut être lue ; en-dessous des bois. LA VILLE 

j’éprouve de la peine à écrire sur ce Pays : sans doute que le Confort y est si net, délimité et régi jusqu’à l’abstraction.  Difficulté d’évocation : ressenti du lieu comme le cadre d’un labeur éloigné d’ici – ce paysage est davantage espace que support du travail ; il n’est ni l’inspiration ni le reflet de mon souci. 

Aucune violence, ou de la passion ici : le sentiment de la satisfaction (qui semble tant prévaloir) n’offre que peu de poésie. À Neuchâtel, même ce sentiment, parait presque isolé (une tradition tant reconnu qu’elle est presque oubliée) – comme une image découpée dans un vieux magazine de photographies, presque fanée, mais encore charmante. Ici est L’ARRIÈRE-PAYS, déployé (gracieusement) dans l’ignorance de la suite du prélude (même si la grâce est tempérée par la peur qu’il n’y ait rien de plus, qu’ici s’achève le tableau). C’est le paysage d’un avant-, d’un arrière-, bâti avec tant de précision qu’il semble parfois être déjà complet. Cette peur, d’éprouver trop nettement la finitude– comme toute peur ici – est soigneusement pesée par l’âme, mesurée et rangée. Il est difficile de se perdre dans Neuchâtel, et ce n’est pas seulement sa petitesse : se perdre n’est pas une possibilité ici. 

Peut-être suis-je inattentif et que le lieu s’est rendu dans un autre langage en moi ; il faut guetter ses signes. Connaître ses rêves : 

Ignorés. Personne dans ses rues pour perturber ses nuits. Sans doute, la ville rêve de rêves agréables, sans doute des rêves pas si éloignés de ses jours. (Je n’ose penser l’hérésie: une ville satisfaite ne rêve pas !) 

Les morts ne sont pas en ville. Même leur cimetière est plus loin. Ils n’ont pas protesté les immeubles nouveaux avec la rancune et la vengeance, ils n’ont pas recouvert les rues nouvelles avec des crachats et des ruines. (Ils prennent le soleil sur le rivage !) Ils ont laissé aux nuages le devoir du contrepoids : le brouillard, la neige proposent ici une incertitude neuve. Brouillard : les rives du lac (est-ce un lac, encore ?) s’ouvrent, pleines, vagues – alors, il y a de la place pour la grande attente. Alors, nous sommes voyageurs sur le rivage. Neige : le gris recouvre la rive et plus haut, la forêt : entre les deux rivages – quelques lumières marquent la ville. En hiver, l’onreconnaît ce réconfort, cette attache : c’est une ville qui peut-être sait bien garder la lumière. 

Mais plus que tout : c’est une ville de l’évidence. J’attends la rue où l’on se perd ; l’ombre qui révèle un paysage soudain ; LA POSSIBILITÉ   …

(Je te chuchote:) 

Sans doute, un jour les faunes descendront jusqu’à la ville. Ils vivront au soleil, au milieu des grandes rues. Le soir, ils repartiront vers les bois. 

Cette nuit-là, la ville fera des rêves nouveaux.

 

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